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Le recours systematique a l’estimation echographique du poids foetal : un risque d’accouchement par cesarienne ?

  • K. Dimassi
  • M. Ajroudi
  • A. Ben Amor
  • O. Saidi
  • S. Salem
  • M. Robbana
  • A. Triki

Mots clés:

Poids fœtal estimé poids de naissance.
échographie
césarienne;
poids de naissance.

Introduction:

L’échographie est un précieux outil utilisé quotidiennement en obstétrique et communément utilisé en salle de travail. Ses applications sont multiples. Elle vient essentiellement compléter l’examen clinique en cas de difficulté [1]. L’une de ses principales applications réside dans l’estimation échographique du poids fœtal (EEPF) [2]. La performance de cette dernière a largement été discutée dans la littérature [2,3]. Actuellement, le recours à l’EEPF en salle de naissance doit être facilité lorsque la situation clinique s’y prête par exemple en cas de suspicion clinique de macrosomie. Ceci peut être critiqué d’autant plus que cet examen échographique a tendance à se substituer à l’estimation clinique. De ce fait l’EPF en salle de naissance demeure controversée. Dans ce sens, nous nous proposons de voir si l’EEPF systématiquement réalisée dans ces conditions peut représenter un facteur de risque indépendant d‘accouchement par césarienne.

Resume:

RESUME But : Evaluer si le recours systématique à une estimation échographique du poids fœtal et en salle de naissances augmente le risque d’accouchement par césarienne. Méthodes : Etude de cohorte monocentrique menée dans une maternité de niveau 2b

Matériel et Méthode:

Il s’agit d’une étude de cohorte monocentrique et rétrospective menée dans une maternité tunisienne de niveau 2b sur une période de un an (de janvier à décembre 2014). Cette étude a été approuvée par le comité d’éthique de l’hôpital Mongi Slim, La Marsa. Nous avons inclus toutes les parturientes avec des grossesses monofœtales qui avaient accouché dans notre maternité à un terme supérieur ou égal à 39 semaines d’aménorrhée (SA). Ce terme a été choisi pour deux raisons : premièrement pour exclure tous les cas ayant nécessité un accouchement avant 39 SA pour une cause maternelle ou fœtale et deuxièmement car au delà de 39 SA, le risque d’accouchement dystocique est plus important du fait d’un poids fœtal plus élevé par rapport à un terme plus précoce. Dans ce sens, l’estimation échographique aura plus d’impact sur la prise de décision. Par la suite, nous avons exclu les parturientes chez lesquelles une EPF réalisée le jour de l’accouchement et en salle de travail, était nécessaire à la prise de décision obstétricale. En exemple : les parturientes ayant un utérus uni cicatriciel, ou avec une présentation de siège à terme, ou encore celles prises en charge pour une dysgravidie telle qu’un diabète gestationnel, une prééclampsie, un retard de croissance intra-utérin... De plus, nous avons exclu les parturientes avec une décision d’accouchement par une césarienne programmée. En exemple: les patientes avec un placenta prævia recouvrant, les patientes avec une contre indication à l’accouchement par voie basse...) Sur 3000 patientes seulement 838 ont été retenues pour cette étude. La figure 1 détaille les motifs de non inclusion et d’exclusion des 2162 autre parturientes. Figure 1 : Critères d’inclusion et d’exclusion des parturientes Figure 1 : Inclusion and exclusion criteria Une fiche de recueil de données a été remplie pour chacune des parturientes retenues pour l’étude. Les informations suivantes étaient systématiquement relevées à partir du dossier obstétrical: l’âge, la parité, le terme gestationnel, l’index LE RECOURS SYSTEMATIQUE A L’ESTIMATION ECHOGRAPHIQUE DU POIDS FŒTAL: UN RISQUE D’ACCOUCHEMENT PAR CESARIENNE ? SYSTEMATIC ULTRASOUND FETAL WEIGHT ESTIMATION: A RISK FACTOR FOR CESAREAN DELIVERY? JGOMF • Volume 1 n°1 Novembre 2017 17 de masse corporelle (IMC) calculé le jour de l’accouchement, l’éventuelle réalisation systématique d’une EEPF en salle de travail, le poids fœtal estimé échographiquement (PFEE), le poids fœtal estimé cliniquement par la manœuvre de Léopold [4], la mesure de la hauteur utérine (HU), le mode d’accouchement, l’indication d’une éventuelle césarienne ainsi que le score d’Apgar et le poids à la naissance (PN) . Par la suite, les parturientes retenues pour l’étude ont été réparties en deux groupes : - Un premier groupe (G1) de parturientes ayant systématiquement eu une EEPF le jour de leur admission en salle de travail pour accouchement. - Un deuxième groupe (G2) de parturientes n’ayant pas eu cette EEPF. Chez toutes les patientes du G1, l’examen échographique était réalisé au moyen d’un échographe : TOSHIBA modèle SSA-510A, muni d’une sonde abdominale de 5-2 MHrz. Le PFE était calculé à l’aide de la formule de HadlockC [5] (Log10 EPF = 1,335+0.0316 BIP+ 0,0457 PA + 0,1623 LF – 0,0034 PA LF). L’obésité maternelle était définie par un IMC > 30kg/m2 en début de grossesse ou à 35kg/m2 à terme [2] Figure 2 : Etude de la pertinence de l’EEPF systématiquement réalisée dans G1 a - Etude de corrélation b - Etude de concordance selon Bland et Altmann Figure 2 : Accuracy of US-EFW in G1. a - Correlation study b - Agreement study using Bland-Altman plot Toutes, les données ont été recueillies dans un tableau EXCEL 2007 et l’analyse statistique a été réalisée par le logiciel XLSTAT (2014.4.09; Addinsoft, New York, NY, USA). Les variables quantitatives sont données en en moyennes +/- l’écart type. Les variables qualitatives sont données avec le nombre et le pourcentage pour chaque catégorie. La comparaison entre les groupes a été effectuée par un test de Chi2 pour les variables qualitatives et par le test de Student pour les variables continues. Les différences étaient considérées comme statistiquement significatives si p

Résultats:

Durant la période d’étude, 3000 femmes ont accouché dans notre service dont 838 ont été retenues pour cette étude. Deux cents quatre parturientes (24,4%) avaient eu une EEPF au cours de leur hospitalisation pour accouchement et ont ainsi été classées dans G1. Les six cents trente quatre parturientes n’ayant pas eu d’EEPF et ont été inclues dans G2. Le tableau 1 résume les caractéristiques épidémiologiques des deux groupes de patientes. Le taux de primiparité était significativement plus élevé dans G1: 69,9% Vs 49% dans G2 avec p rimiparité (%) 69.1 49 32.28 31.63 (moyenne en cm /écart type) ? = 2.316 ? = 2.200 0.001 Âge gestationnel moyen (SA) 40.1 39.8 (moyenne en cm /écart type) ? = 0.817 ? = 0.732 e maternel et de taux d’obésité. Le taux d’accouchement par césarienne était significativement plus élevé dans G1 : 54,7 % Vs 19,7 % (p’accouchement par césarienne (voir le tableau 3). Après ajustement aux facteurs confondants, l’EEPF réalisée systématiquement dans G1 s’est révélé être un facteur de risque indépendant d’accouchement par césarienne avec un OR =3,8; IC 95% = [2,67- 5,48](voir le tableau 3). Ce risque était particulièrement augmenté pour un PFEE ? 4000gr avec un OR ajusté à 10.64 ; IC 95% = [4,28-26,41] (voir le tableau 4). En ce qui concerne l’étude de la pertinence de l’EEPF, la différence moyenne entre le PFEE et PN était de 264g [0-1250]. La marge d’erreur moyenne en valeur absolue était de 7,96%[0,59-32] avec 74,58% des estimations ayant une marge d’erreur inférieure à 10% en valeur absolue. Nous avons objectivé une corrélation positive et significative entre les deux valeurs avec R = 0,64 et p ne pour souffrance fœtale aigue n (%) 37 (18.04) 80 (12.6) - Taux de césarienne pour macrosomie n (%) 25 (12.3) 6 (0.9) - Taux de césarienne pour défaut d’engagement n (%) 15 (7.4) 9 (1.4) - Taux de césarienne pour dystocie de Démarrage n (%) 4 (2) 2 (0.3) - Autre indication de césarienne n (%) 30 (14.9) 5 (4.5) - Tableau 3 : Facteurs de risque d’accouchement par césarienne * Modèle 1 : association brute ** Modèle 2 : associations ajustées sur les facteurs (Estimation échographique, poids réel à la naissance et primiparité) OR : Odds-ratio de la catégorie par rapport à la catégorie de référence IC : Intervalle de confiance (P=0,95) Table 3 : Risk factors for cesarean delivery (adjusted odds ratios by logistic regression Modèle 1* OR Brut [IC] Modèle 2** OR Ajusté [IC] P(Wald’s) Estimation échographique 4.91 [3.5,6.88] 3.82 [2.67,5.48]

Discussion:

Cette étude, a été réalisée sur un nombre conséquent de patientes. En réalité nous avons inclus toutes les parturientes ayant accouché dans notre unité durant une année. Le caractère mono centrique permet de garantir l’uniformité des conduites et des indications de césarienne. De plus, nous avons exclus toutes les patientes chez lesquelles l’examen échographique trouvait son indication en salle de naissance. La principale discussion étant ici l’impact des EEPF itératives. Les résultats mettent clairement en évidence un sur-risque de césarienne en cas d’EEPF itérative. Ce risque persiste après régression logistique et exclusion de tous les facteurs confondants comme la primiparité et le poids de naissance avec OR = 3,82(IC 95% = [2,67-5,48]).Nous pouvons déduire que la connaissance préalable du poids fœtal peut influer sur la prise de décision de l’obstétricien et de la parturiente d’autant plus que le sur-risque de césarienne augmente avec la valeur du poids estimé : OR= 2,27 (IC95=1,15-4,47;p=0.018) pour 3500g 4 500 g, particulièrement chez les patientes n’ayant jamais accouché par voie vaginale, les chances de succès de la tentative d’accouchement par voie basse après césarienne sont assez faibles (4500g). Ceci nous amène à réfléchir sur nos conduites et nos prises de décisions d’autant plus qu’en réalité la sensibilité de l’échographie pour le diagnostic de ces anomalies est connue pour être faible [11]. Les paramètres cliniques comme l’accommodation foeto-pelvienne ainsi que l’évolution du travail représentent des critères logiques de prise de décision mais ne protègent pas toujours contre les situations de dystocie des épaules. Par contre, l’échographie permet de limiter au mieux le risque de poids de naissance supérieur à 4250 g et donc de sélectionner une population à risque non majoré de dystocie des épaules[12 ]. A l’heure où l’échographie a clairement gagné sa place en salles de naissances et où elle vient pallier aux insuffisances de l’examen clinique en deuxième phase de travail comme pour le diagnostic d’engagement [3] ou encore pour la détermination de la variété de position [13] Serait-il anodin d’y avoir recours d’une manière systématique? De même, la survenue d’une dystocie des épaules avec une macrosomie suspectée échographiquement le jour de l’accouchement serait-elle préjudiciable sur le plan médico-légal ? D’un autre coté, le contrôle du taux de césarienne représente une préoccupation importante dans le domaine obstétrical[14-16]et actuellement, la crainte du risque obstétrical aboutit à une surmédicalisation de l’accouchement et à l’évolution du taux de césariennes sur le mode pandémique. Les résultats de ce travail appuient la thèse que l’échographie en salle de naissances peut représenter un risque indépendant et en conséquences potentiellement modifiable d’accouchement par césarienne. Le recours à un examen échographique en salle de LE RECOURS SYSTEMATIQUE A L’ESTIMATION ECHOGRAPHIQUE DU POIDS FŒTAL: UN RISQUE D’ACCOUCHEMENT PAR CESARIENNE ? SYSTEMATIC ULTRASOUND FETAL WEIGHT ESTIMATION: A RISK FACTOR FOR CESAREAN DELIVERY? JGOMF • Volume 1 n°1 Novembre 2017 21 naissances devra avoir ses indications. L’apport indéniable dans le diagnostic de variété de position ou d’engagement ne peut pas masquer les limites attribuables à l’estimation du poids fœtal.

Conclusion:

L’estimation échographique systématique du poids fœtal réalisée en salle de naissance représente un facteur de risque indépendant d’accouchement par césarienne. Ainsi, et comme tout examen complémentaire, le recours à l’échographie en salles de naissances devra pouvoir être justifié.